SOLDATS DE VERDUN


O vision d'horreur des corps étendus,

des corps déchirés, aux membres rompus,

disloqués, noirs de poudre,

vision des faces labourées

et des poignets coupés d'où le sang dégoutte.

Oh ! la vue des cadavres tout le long de ma route,

charognes enveloppées dans des capotes sales ;

les os perçant le drap et la toile

et les chairs fleuries de mouches bleues,

les morts étreignant la terre en des gestes affreux,

des gestes de damnés mordus par le feu.

Ces morts épouvantables de la lutte dernière

avaient chargé, alignés, mains crispées

sur la grenade ou le browning ;

leur vague déferla sur les tranchées ennemies

et, dans les clameurs véhémentes

de la tragique tourmente,

ils tombèrent broyés, écrasés, ensevelis

les soldats de Verdun, morts pour la Patrie.


                                                     Verdun, 1916


                 Rémi Bourgerie (1895-1931)

        (extrait de "La Galère qui chante" - 1921)

guerre